{Interview} Lucile Atelier & Design

by Tisserin Coquet

Au début de l’année 2018, j’ai eu la chance de participer au projet de livre I Knit Paris édité par One More Row Press. Outre le fait de créer un modèle inspiré par la ville dans laquelle j’ai grandi, j’ai énormément apprécié rencontrer les autres designers impliqués dans ce livre. Et je me réjouis de vous permettre de découvrir un peu plus Lucile de Lucile Ateliers & Designs aujourd’hui à travers (quelques) questions !

Tricot en général

Pourquoi le tricot en particulier ?
Il y a plein de raisons ! Je pense que c’est surtout parce qu’on peut se créer des vêtements chauds avec le tricot. C’est aussi une activité qui oblige à prendre son temps. À ne pas être trop pressé du résultat. Du coup, on apprend petit à petit et il y a tellement à apprendre qu’on ne s’ennuie jamais. D’ailleurs, le tricot c’est la meilleure parade à l’ennui car on peut l’emporter partout. C’est comme ça que je m’y suis mise, pour passer le temps pendant mes longs trajets de métro.

Depuis combien de temps tricotes-tu ?
Depuis 2015. J’avais essayé petite mais je ne comprenais pas grand-chose. Je suis restée longtemps sur les canevas, la couture et le crochet. Et il y a 3 ans, tout ça est gentiment passé aux oubliettes pour laisser place aux aiguilles circulaires !

Mono-tricot ou poly-tricot?
J’essaie au maximum de n’avoir qu’un projet à la fois. Sinon ça devient le chantier. Au maximum, j’ai un design en cours et un projet d’un autre designer pour avoir un projet sans réfléchir 🙂

Main droite ou main gauche ?
Le fil à gauche.

Fils retordus ou singles ? Mouchetés ou unis ?
Je n’ai pas de grands favoris. Du moment que ça ne se dédouble pas ou que j’ai choisi un fil qui se prête bien au modèle, je suis une femme comblée 🙂 C’est un peu pareil avec les mouchetés et les unis. Je n’exclus aucune possibilité !

Cousu ou en rond ?
Contrairement à beaucoup de tricoteuses, j’aime faire les coutures. Il est fort possible que ce soit par esprit de contradiction. En tout cas, j’aime me poser et réaliser une jolie couture. Mais je ne suis pas maso non plus, si le modèle peut être fait en rond, je ne vois pas pourquoi je m’embêterai à sortir mon aiguille à laine.

Magic-loop on DPNs ?
Je n’ai jamais tricoté avec des double pointe. Je suis très intéressée par leurs avantages mais ce qui me rebute le plus c’est d’avoir du matériel supplémentaire. Déjà que je trouve que j’ai déjà beaucoup de trucs à ranger… Donc je me contente du magic-loop quitte à prendre 2 paires d’aiguilles circulaires pour être à l’aise.

Création de modèles

De quoi tires-tu ton inspiration la plupart du temps ?
J’aime les choses qui ont une histoire. Qu’une esthétique soit la combinaison de plusieurs époques ou plusieurs acteurs. C’est un peu vague car l’inspiration et les influences sont très inconscientes. Disons que je pense trouver une bonne idée quand elle me permet de me raconter des choses et aussi quand il y a un sentiment de nostalgie. La nostalgie est assez dangereuse car elle est envoûtante et mène à l’inaction et au regret. Mais si je la transforme en quelque-chose de concret alors je le vis bien. Du coup, c’est mon quotidien, les réseaux sociaux, les films, les séries, mes divagations mentales, la musique que j’écoute, les souvenirs… C’est assez insaisissable globalement et ça ne se lit pas directement dans mon travail mais j’aime à croire que ça lui donne une force subtile.

Préfères-tu créer librement ou avec une contrainte (thème, type de motifs, forme, etc.) ?
J’aime avoir quelques contraintes. Rien que d’avoir un fil en particulier est une bonne contrainte pour commencer. Du moment qu’on ne me demande pas d’écrire un patron en 1 page pour pas que ça prenne trop de place, je vis plutôt bien la contrainte.

Depuis que tu crées des modèles, as-tu changé ta façon de tricoter ?
J’essaie d’avoir de temps en temps des projets loisir. Déjà ça me permet de voir le travail d’autres designers et de les soutenir. Mais quand je tricote mes designs, c’est une autre affaire. C’est plus angoissant. Du coup, je vais essayer au maximum de répercuter le principe de « suivre un patron » quand je crée un design, c’est-à-dire que j’écris entièrement le patron avant de tricoter le prototype. Je l’ai fait une fois. Ça demande un peu d’expérience mais c’est intéressant. Ça permet de voir les étapes à venir et de mesurer le temps que ça va prendre.

Où peut-on te retrouver sur les réseaux sociaux ?
Les grands classiques :

Tu rêverais de collaborer avec qui ?
Avec toi, tu sais bien ! (NDLR: Tout pareil ! 😘)

Que détestes-tu le plus dans le tricot ?
Pas grand-chose, c’est pour ça que je reste.

Est-ce que le tricot est ton travail principal ? Que faisais-tu avant de te lancer ?
Oui c’est mon activité de tous les jours (et parfois de la nuit, hehe). Avant, je réalisais des sondages. Ce n’est pas moi qui vous appelais à pas d’heure pour vous demander pour qui vous préféreriez voter mais j’étais bien la casse-couille qui demandait à ces jeunes gens de vous appeler. Ensuite, je regardais vos réponses et j’en tirais des conclusions. On rigole mais j’adorais ce travail. Par contre, pas les conditions de travail, ni les collègues déprimés qui passent leur temps à critiquer le patron. Du coup, pour sauver ma peau, j’ai fuit.

De quelle région viens-tu ? Est-ce que cela influence ton inspiration ?
J’ai beaucoup déménagé : d’origine picarde de par le sang, je suis née en région parisienne, j’ai grandi en Aquitaine, fait un détour par Nancy puis fait mes études à Montpellier. Puis Paris. Puis Vichy. C’est un peu le bazar et ça explique peut-être que mon inspiration prend sens avec des histoires que je me raconte. Pour remettre un peu d’ordre là-dedans. Ce qui est sûr c’est que vivre dans les Landes entourée de forêts de pins m’a beaucoup marquée et me fait aimer la nature bien plus que la ville.

I Knit Paris

Quel est le « petit truc en plus » de ton modèle ?
Dans mon patron, je précise comment réaliser des rayures en rond sans démarcation que ce soit en jersey ou au point mousse. Ce qui m’a pris un peu de temps à trouver quand j’ai fait mes tests au départ 🙂

D’où est venue ton inspiration pour ce modèle ? Est-ce relié à un souvenir en particulier ?
J’ai pensé mon modèle conjointement à la marinière Ondes que j’ai sortie en septembre. J’avais envie de travailler les rayures car j’ai toujours aimé le style marin. J’ai aussi en souvenir la robe de mariée de Jean-Paul Gaultier qui finit en plume d’autruche. Je l’ai toujours beaucoup aimée et j’ai même eu la chance de la voir à Paris. Kathleen et Alice voulait pour leur magazine des modèles d’inspiration parisienne. Cela tombait à pic. J’ai gardé mon idée de mixer un moucheté avec un uni.

Pourquoi as-tu choisi cette laine-là ? (Couleur, grosseur, composition, teinturière)
Je voulais un fil fin, au rendu tricoté lisse. Donc je suis partie sur du mérinos en fingering. J’avais parlé à Marie-Amélie de mon idée et elle m’a suggéré de regarder chez Tôt le Matin Yarns qui a une belle palette de couleurs et des mouchetés pas trop chargés. Cela s’y prêtait parfaitement. Le travail de Lauriane est délicat et je suis très heureuse d’avoir travaillé avec son fil.

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